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Invitation à une relecture de l'encyclique *Magnifica humanitas*

16/09/2026

Carta Encíclica de Su Santidad León XIV Magnifica Humanitas

**Extrait :** Après la pause estivale, nous nous lançons dans une lecture sereine de *Magnifica humanitas*, la première encyclique du pape Léon XIV. Au-delà du débat technologique, le Saint-Père place au centre la protection de la dignité humaine face aux progrès de l’intelligence artificielle, en proposant les clés anthropologiques et spirituelles nécessaires à l’édification d’une société véritablement fraternelle.

Avec l’été qui vient de s’écouler, suffisamment de temps s’est écoulé pour pouvoir procéder à une lecture sereine de la première encyclique de Léon XIV : *Magnifica humanitas* (15 mai 2026). Un texte dont le thème n’est pas l’intelligence artificielle, mais, comme l’indique le sous-titre, “ la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle ”.

Parallèlement, elle indique en quoi doit consister la contribution des chrétiens à la construction d’une ville plus humaine et plus fraternelle. Le prélude et la conclusion encadrent les symphonies. Il convient d’accorder une attention particulière au début et à la fin de l’encyclique, même s’ils sont brefs, afin de bien saisir le contenu de son message.

Le prélude : Babel ou Jérusalem ?

À l'époque de Léon XIII La nouveauté résidait dans la révolution industrielle, avec ses progrès et ses risques. Aujourd’hui, dit le Pape, nous devons mener un “ discernement partagé ” qui nous aide, en ce “ tournant historique ”, à répondre à certaines questions fondamentales : “ Où allons-nous ? Vers quel objectif souhaitons-nous nous orienter ? Quelle direction choisir en tant que communauté humaine et en tant que peuples ? ” (n° 6).

Pour construire de manière responsable à notre époque, le Pape propose deux “ images ” bibliques : la construction de la tour de Babel (cf. Gn 11, 1-9) et la reconstruction des murs de Jérusalem (cf. Ne 2, 6) après l’exil à Babylone (cf. n° 7-10).

“ Le premier choix ne se pose pas entre un ‘ oui ’ ou un ‘ non ’ à la technologie, mais entre bâtir Babel ou reconstruire Jérusalem : entre un pouvoir qui prétend dominer le ciel et un peuple qui, en présence de Dieu, se met au travail, uni, pour rebâtir les remparts de la coexistence fraternelle ” (n° 9).

Leon XIV affirme que c’est précisément “ cette œuvre partagée ” qui est l’expression de la manière de construire propre aux chrétiens : “ Orienter l’action vers Dieu, afin que, sous sa lumière, le pluralisme ne se disperse pas dans le désordre, mais que, dans la pratique de la synodalité, il devienne l’espace où l’humanité retrouve ses fondements solides et sa fin ultime ” (n° 10).

C’est ainsi que se dessine, pourrait-on dire, une anthropologie chrétienne du travail, qui culmine dans le don de la Cité de Dieu définitive : le Ciel, le Royaume de Dieu accompli, l’Église, communion des saints dans un monde réconcilié et transformé. “ Cette vision de la grâce est pour nous, chrétiens, un appel à travailler ensemble, en cultivant une vie commune pacifique, juste et digne dans les ‘villes’ d’aujourd’hui ” (Ibid.).

Encíclica Magnifica humanitas

5 éléments clés pour comprendre « Magnifica Humanitas »

À l'occasion du 135e anniversaire de la prophétique « Rerum novarum » de Léon XIII, le pape Léon XIV a rendu publique sa nouvelle lettre encyclique, Magnifica Humanitas (15 mai 2026). Un document d’une grande portée théologique et sociale qui aborde le plus grand défi de notre époque : la protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle (IA) et de la numérisation effrénée.

S'inspirant de l'image biblique du Dieu qui s'est fait chair pour éclairer le mystère de l'homme, le Saint-Père propose une lecture des res novae (les « nouvelles réalités ») sous l'angle de la foi, de la raison et de la responsabilité partagée.

  1. Le paradigme technocratique face au véritable humanisme chrétien
    Léon XIV met en garde contre le risque de succomber à un paradigme technocratique qui érige l'efficacité en absolu, réduit l'être humain à un simple ensemble de données ou promeut des discours tels que le transhumanisme et le posthumanisme.

Face à la prétention d’atteindre un « au-delà de l’humain » par le biais du contrôle technique et biologique, l’encyclique oppose la grandeur de la grâce et de l’incarnation : la véritable transcendance ne consiste pas à dépasser nos limites biologiques par la force technologique, mais à accueillir la dignité transcendante de chaque personne en tant qu’image du Dieu trinitaire.

  1. L'IA en tant qu'outil, et non en tant que substitut de la conscience et de la gouvernance
    L'intelligence artificielle constitue une « aide précieuse » susceptible de générer des avancées majeures, mais son omniprésence exige une réflexion éthique, de la transparence et une gouvernance. Le Souverain Pontife tire la sonnette d’alarme face au pouvoir sans précédent dont disposent aujourd’hui les grands acteurs privés transnationaux, qui dépasse souvent la capacité de régulation des États.

Le Pape souligne que les technologies doivent toujours être orientées vers le bien commun et subordonnées à la responsabilité morale de l’être humain. Les décisions cruciales qui touchent à la vie, à la justice ou à la paix ne peuvent être déléguées aveuglément à des algorithmes dépourvus de cœur et de conscience.

  1. La vérité, le travail et la liberté : les trois piliers menacés
    Dans le quatrième chapitre, l'encyclique explique en détail comment la transition numérique a des répercussions sur trois dimensions structurelles de la vie sociale :

La vérité et la communication : dans un écosystème hyperconnecté exposé à la manipulation et à la désinformation, la vérité doit être préservée en tant que bien commun essentiel à la santé des démocraties. Léon XIV appelle à une véritable « écologie de la communication » et à une alliance éducative.

La dignité du travail : Face au spectre du chômage technologique et de l'automatisation, ce texte réaffirme que le travail n'est pas un simple facteur de production, mais un moyen indispensable d'épanouissement personnel et de participation à la création.

La liberté face au contrôle : l'encyclique dénonce les « nouvelles formes d'esclavage » numériques, les addictions aux écrans et les dynamiques de marchandisation et de contrôle social qui étouffent les jeunes et les familles.

  1. La reconstruction de Jérusalem face à la tentation de la tour de Babel
    Pour illustrer ce tournant historique, le Saint-Père recourt à deux images bibliques fortes :

La tour de Babel : elle symbolise la prétention de l'autosuffisance humaine, la quête d'uniformité idéologique et technologique, ainsi que l'orgueil de vouloir atteindre le ciel sans Dieu, ce qui aboutit inévitablement à l'incompréhension et à l'effondrement social.

La reconstruction de Jérusalem (Néhémie) : C'est le modèle de la responsabilité partagée, de la communion dans la diversité, du dialogue intergénérationnel et de l'effort commun. Plutôt que d’imposer d’en haut, il s’agit de reconstruire « les liens avant les pierres » en plaçant Dieu et le prochain au centre.

  1. De la « culture du pouvoir » à la « civilisation de l'amour »
    Enfin, le pape Léon XIV lance un appel pressant à la géopolitique mondiale. Face à une culture du pouvoir qui banalise la guerre, développe des systèmes d’armes autonomes guidés par l’IA et sape le multilatéralisme diplomatique, l’Église met en avant l’urgence de construire la civilisation de l’amour.

Cela implique de « déconstruire les mots », d’assumer avec réalisme le regard et la souffrance des victimes des conflits, et de promouvoir un désarmement global guidé par la justice et le dialogue pacifique entre les peuples.

Firma de la encíclica Magnifica humanitas
Signature de l'encyclique *Magnifica humanitas*

Un chant d'espoir

« Magnifica Humanitas » s’achève en tournant le regard vers le Magnificat de Marie et la contemplation du Verbe incarné. Léon XIV nous rappelle que la technique est faite pour servir la personne, et non l’inverse. Le défi de notre génération consiste à ne pas perdre notre âme à l’ère des algorithmes et à bâtir, ensemble, une société véritablement humaine et fraternelle.


M. Ramiro Pellitero Iglesias, professeur émérite de théologie pastorale à la Faculté de théologie de l'Université de Navarre.

Publié dans Église et nouvelle évangélisation.

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